Le duo ORAN est composé des artistes Morgane Clerc et Florian Clerc, nés en 1994 et 1993, originaires de Bourgogne et de région parisienne. Après des études communes en design d’espace et alternatives urbaines à Vitry-sur-Seine, ils débutent en 2016 une démarche artistique contextuelle. Déménageant au gré des résidences et des invitations, c’est en éprouvant la complexité et la diversité des espaces urbains qu’ils imaginent leurs premières actions collaboratives. En 2019, après trois ans de nomadisme, ils s’installent à Lille et sont artistes associés à la malterie depuis 2021.

En quoi l’acte artistique permet-il de considérer ce qui est Autre que soi ? C’est à cette problématique que le duo ORAN tente d’apporter des éléments de réponse, en assumant une posture ouverte, politique et poétique. À la frontière des sciences humaines et de l’art social, leurs travaux convoquent des notions ambivalentes : le commun et la propriété, l’artisanat et la production de masse, la valorisation et la dégradation. Ces entrechoquements volontaires sont destinés à invoquer la part d’irrésolu qui subsiste au cœur de l’individu et de la société. En prenant le large des récits dominants, peut alors se déployer ce qu’ils nomment le potentiel de fictionnalité présent en chaque lieu.

Leurs interventions prennent la forme de protocoles et de performances. Les protocoles sont activés au sein de territoires spécifiques sur de longues durées, lors desquelles le duo ORAN s’assigne une mission à accomplir. Celle-ci peut aboutir à des situations de discussions et à la production d’objets fonctionnels. Alors que le protocole avance, c’est tout un réseau de relation formel ou informel qui se dessine, dont l’évolution donne lieu à des documentations et archivages. Cette dimension ethnographique permet ensuite de produire des objets d’éditions et des installations, poursuivant ainsi les circuits d’échanges et de transmissions.

..

Nos mondes s’agitent sans cesse.
Les transformations s’opèrent dans l’intimité des corps
et dans le vacarme des médias.
Les frontières morales et géographiques se disputent.
Alors que des liens se disloquent à force d’être trop tendus,
d’autres se tissent,
imprévisibles.

Nous vivons dans des lieux fragiles, nos gestes sont maladroits,
nos discours timides.
Nous nous émerveillons de la capacité des choses à évoluer,
nous observons les fissures se former,
nous passons nos bras à travers les brèches laissées béantes.
Nous regardons toujours droit dans les yeux des autres
sans avoir peur de ce que nous y trouverons.
Nous construisons des objets précaires qui parfois s’ébranlent,
nous relatons des paroles éphémères avec des fautes d’orthographes.
Nous assumons une posture modeste, un désir incertain.
Les images que nous produisons sont des traces, témoignages de nos relations
consistantes, précieuses, fugaces. Elles seules sont le matériau
que nous sculptons. Le reste est accessoire.