Le mécanisme des choses qui jouent

Chose : Du latin res : « la res n’a pas dû être, à l’origine, la chose brute et seulement tangible, l’objet simple et passif de transaction qu’elle est devenue. Il semble que l’étymologie la meilleure est celle qui compare avec le mot sanscrit rah, ratih, don […]. La res a dû être, avant tout, ce qui fait plaisir à quelqu’un d’autre. ».
M.Mauss, Essai sur le don. Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques

Jeu : Du latin jocus, plus anciennement iukus, in vocare : appel à invocation.

Le mécanisme des choses qui jouent est un projet de recherche concernant l’autonomie des objets.

la mécanique des choses qui jouent

Le recyclage des déchets tel que nous le concevons actuellement dans notre organisation capitaliste est issu d’un héritage hygiéniste, utilitariste et matérialiste.
Aujourd’hui récupéré par le mythe du développement durable, cette appréhension tout particulièrement occidentale du déchet ne fait pas l’unanimité. En effet, nous avons remarqué lors d’un voyage de recherche au Laos que l’utilisation systématique du sac plastique comme contenant n’entraîne pas sa prise en charge par l’utilisateur. Quand le sac ne sert plus, il est régulièrement jeté dans la nature comme on le ferait d’une peau de banane.

Aussi, nous avons observé particulièrement dans les villes, des objets ou des regroupements d’objets posés à même le sol dans des espaces de seuil ou de jonction. Souvent composés d’éléments périssables (boules de riz, tranches de banane, verre de jus de fruit ou de bière, cigarettes …) et de supports solides (assiettes, papier journal…), ces assemblages semblent être des offrandes faites aux esprits. Des encens consommés ou des bougies fondues révèlent le statut rituel de ces installations. Quasiment invisibles, elles peuvent néanmoins évoquer un amoncellement de déchets, un tas d’affaires personnelles oubliées ou encore une gamelle pour nourrir les chiens errants. Entre le fait d’offrir, de jeter, d’abandonner ou de perdre quelque chose, la différence réside alors dans le contrat qui unie la chose à l’être qui la possède.

Assemblages d’objets observés dans les rues de Savannaketh, décembre 2018.